• Reprise du Lac bientôt... Avec une nouvelle peau.

    Bonnes vacances!


    1 commentaire
  • Prologue

    "Adelise n'existe pas ma chérie, tu le sais bien. Héloïse et Justin t'ont raconté ces bêtises pour te faire peur.", Clémence 


    1 commentaire
  •     Ses yeux avaient suivi attentivement les frontières brunâtres de son gigantesque tombeau. Des arrondis aux multiples angles si différents, qu’il était coutume de dire dans le village que lorsque l’on se plaçait de loin,  chaque esprit pouvait voir à travers eux la silhouette ou l’objet qui le préoccupait le plus. Aujourd’hui par exemple, s’y dessinait dans le sien le profil sombre et effrayant de la grande faucheuse avec son capuchon dépassant sur sa tête squelettique. Et en tournant ses yeux d’une certaine manière pouvait-elle-même distinguer dans l’angle qui se rapprochait le plus de l’église, un peu plus haut sur la colline, une sorte de faux avec son arrondi menaçant, semblant pointer la base de la croix qui se reflétait parmi les vaguelettes.

    Son heure était venu et elle le savait, tout comme elle savait que ce n’était pas le paradis qui l’attendait mais les démons rougis du sang de leurs pêcheurs de défunts.

     Seulement, elle avait décidé qu’elle en rendrait le chemin vers les flammes plus compliqué que celui auquel elle était prédestinée.

    L’eau brise les flammes.  

    C’était une parole de sa mère, une des seules dont elle se rappelait clairement. Mais pas son seul souvenir… Il y avait cette odeur aussi, celle de peau et d’os se consumant lentement, ses cris de douleurs, mêlés à d’autres hurlements d’une nature tout à fait différente, et cette couleur jaune orangés qui engouffraient ce qu’il y avait de plus cher à son monde enfantin. A ce moment là, malgré son jeune âge, elle avait compris pourquoi quelques jours plus tôt malgré ses pleurs, elle lui avait retiré tous ses cheveux alors qu’elle avait laissé ceux de sa sœur voler au grès de vent…

    Quelques autres images défilaient. Son oncle d’ordinaire souriant au visage grave, sa croix de bois qu’il avait accroché au cou du bébé hurlant dans ses bras, sa main gauche qui s’était saisie de la sienne, les larmes d’une enfant capricieuse qui refusait de monter sur le chariot, l’odeur du foin mêlé de fumier, le crissement des roues et le bruit des sabots s’écrasant dans la boue.

    Comme pour se débarrasser de ces lointaines images, elle secoua la tête, laissant ainsi sa longue chevelure rousse recouvrir son visage, de façon à ce que la faux disparaisse complètement et que seul un mince serpentin noirâtre aux rayons dorés accède à son regard, comme pour lui indiquer le chemin à suivre.

    Une dernière image défila devant ses yeux, plus récente celle-là. La mariée aux boucles d’or, superbe dans la robe qu’elle lui avait dérobée, la main crispée autour de la celle de son fiancé qui avait déjà dit oui. Son sourire grandissant, le regard bleu sombre triomphant se plongeant dans le sien, plutôt que dans celui de son fiancé, alors qu’elle finissait de prononcer ses vœux à son tour.

     Après quoi, un ou deux autres manants s’étaient peut-être eux-aussi retournés mais la porte s’était déjà refermée et elle avait déjà commencé à courir, déjà décidée à refuser la chaleur des flammes pour se donner à la froideur de l’eau.

        Elle fit un pas, un deuxième, s’immergea jusqu’à la taille, puis ferma les yeux et attendit un instant, comme pour préparer son corps à entrer dans son cercueil glacial.

    Une dernière pensée surgit dans son esprit presque  prêt à lâcher son cadavre pour s’élancer vers des ténèbres brûlants.

    Elle ne pouvait pas partir tout de suite, pas comme ça, pas sans avoir rendu justice à toutes celles soi-disant de son espèce.

    Alors elle attrapa de sa main mouillée le petit livre ainsi que les petit sac qui trainaient dans sa bourse. Les petites lettres noirâtres à l’écriture étrange qu’elle avait soulignées s’étaient déjà effacées à cause de l’humidité, mais peu lui importait, elle les connaissait par cœur. Par chance, la poudre ainsi que la fiole de sang étaient encore intacts. Lentement, elle prononça pour la première fois les longues formules répétitives qu’elle avait lues et relues dans sa tête, les trouvant satanément ridicules.  

    Au fur et à mesure des mots qui sortaient de sa bouche, elle prit plus d’assurance, les prononça de plus en plus fort, avec de plus en plus de conviction, de rancœur, les suppliant presque de prendre vie alors qu’elle jetait dans le lac à l’aide de la poudre et du contenu de la fiole le dessin de la plus lourde des sentences.

    A peine eût-elle terminé qu’elle entendit au loin le son des sabots qui se rapprochaient du lac. Le mariage devait-être terminé, songea-t-elle,  et ils venaient la chercher pour la conduire à son destin. Alors sortit rapidement de l’eau, sortit de sa bourse un petit couteau, coupa quelques filets de son châle, une mèche de cheveux roux qu’elle plaça à la page qui l’intéressait puis cacha le tout sous une pierre pour leur laisser un souvenir et ricana.

    Le galop se rapprochait, mais elle n’avait plus peur. En quelques secondes, sa silhouette avait disparu dans l’eau vaseuse.   

     


    votre commentaire
  • Le Lac est désormais sur Facebook!

     

    Rejoignez Le Lac sur: https://www.facebook.com/LeLac27

     

     

    Date des mises à jours, photos inédites...


    votre commentaire